​La revue Noor a toujours été imaginée comme le corollaire évident de l'Association pour un islam des Lumières voulue par le philosophe Malek Chebel. Reflet, continuité et tremplin de nos réflexions, la revue en poursuit ses idéaux à travers un média classique : le papier et l'écrit – plus tard, sûrement, l'image sonore. L'idée de Noor est de favoriser une meilleure connaissance de l'Islam, comme civilisation dans l'Histoire et à travers le monde, mais dans une approche contemporaine et proche de la vie comme elle se vit aujourd'hui.  Pas le lieu ici d'en tracer l'histoire – tant de livres existent –, mais plutôt en se faisant le porte-voix d'initiatives, de dialogues, de réflexions, de médiations sur les sujets afférents à l'islam dans son interaction avec le monde actuel, en tentant d'être un laboratoire d'idées humanistes ou progressistes pour répondre aux défis de notre époque : la revue se donne d'abord la liberté d'un traitement libre et non conventionnel de ce sujet – l'islam – sous l'éclairage des Lumières, justement.



D'où ces rencontres ici ou là avec des artistes, des cheminements pour réfléchir sur la spiritualité et la laïcité, en sortant des sentiers (re)battus, en montrant comment l'intégration va vite et apporte à notre culture française de la richesse et, dans le fond, en menant à notre manière une réflexion profonde et originale sur notre responsabilité (ou pas) d'êtres humains à vouloir Vivre Ensemble. Pensée ici pour tous les enfants sacrifiés au nom des religions…

C'est ce qu'appelle joliment Malek Chebel, l'Alliance des subjectivités. Lui, qui est persuadé avec nous, que le réveil du racisme et la montée des radicalismes dont nous sommes les témoins sont paradoxalement le signal d’un monde qui se meurt, par peur et faute de passions collectives, de projets rassembleurs.
Comme un long trait, sa ligne, son horizon, le grand soir, la revue nous conduit ici ou là, parfois pas loin – dans une salle de spectacle, toujours ouverte aux autres et sur le monde dans sa diversité, nourrie de questionnements délicats et en apparence insolubles, axée sur l'actualité sûrement plus culturelle que politique. Jamais, cependant, la politique n’en est absente, car elle est vue du point de vue de la collectivité, c’est-à-dire non partisane.
L’idée est aussi de donner envie de réfléchir autrement, en écoutant ceux que l'on n'entend peu, confinés sans cesse dans leur propre circuit de médiation : artistes entre eux, politiques entre eux, bourgeois entre eux, etc. Etre pédagogue tout en surmontant la difficulté d'y parvenir. Toujours y penser, en soutenant la tension entre grand public et public averti. S’y engager comme une marque de fabrique. Ici, et dans l'esprit de la Fondation, la revue se veut comme un clin d'oeil à ces Lumières qui furent au XVIIIe siècle un véritable mouvement de fond pour réagir à l'absolutisme de la pensée (religieuse, politique et scientifique) qui paralysait tout ; aujourd'hui ce serait ce retour des extrémismes, cette peur panique de la liberté, de l'Autre, de la différence qui produit forcément le repli et des questionnements angoissés.
Car l'islam parle désormais autant de la France, des Français et des Européens, de nos résistances à ce que nous percevons encore comme une culture étrangère, dans un monde en métamorphose, entre globalisation et nouvelles technologies, histoires d'identités en vrac. Il y a des thèmes, des idées qui viendront nous aider à préciser les contours de ces sujets selon ces quelques principes arbitraires assumés : «J’aime, j’aime pas, je ressens, j’éprouve quelque chose, cela me parle, cela me plaît, cela m’intéresse ou ne m’intéresse pas », en guise de sélection. Il s'agit de creuser dans cette voie pour arriver à tracer un sillon que nous pourrons suivre – sans cependant jamais s'obliger à aller droit…